Qu’est-ce qu’un cinéma accessible au handicap sensoriel ?
Malgré le fait que l’arrêté sur la question ne soit pas paru il est nécessaire de distinguer des points de consensus permettant de répondre à la question : En quoi consiste pour un cinéma l’adaptation pour les sourds, les malentendants, les aveugles et les malvoyants ?
Le groupe de travail temporaire « Accessibilité des salles de cinéma», mis en place par le CNC, a rédigé un projet d’arrêté précisant les types d’équipements génériques nécessaires aux salles pour respecter les exigences d’accessibilité au handicap sensoriel.
Cet arrêté n’est pas encore publié car le Ministère de la Culture souhaite lui donner un cadre plus général englobant le spectacle vivant mais les années passant on se demande toutefois s’il verra le jour.
Un objectif législatif clair
Concernant les salles de cinéma, voici ce que l’arrêté doit proposer :
Les établissements de spectacles cinématographiques sont équipés de dispositifs ou de matériels permettant, pour l’ensemble des salles :
1° – La transmission des sons pour les personnes sourdes ou malentendantes appareillées ;
2° – La diffusion du sous-titrage des œuvres cinématographiques pour les personnes sourdes ou malentendantes, en respectant le code couleur en vigueur ;
3° – La diffusion de l’audiodescription des œuvres cinématographiques pour les personnes aveugles ou malvoyantes.
(extrait du dossier de presse de la Commission Nationale Culture et Handicap du 14 janvier 2014)
Quelques précisions :
– Le point 1° décrit une « boucle magnétique » ou « boucle inductive » qui peut être fixe dans la salle ou individuelle et alors raccordée à un récepteur individuel récupérant le son du film.
– Les sous-titres pour sourds et malentendants peuvent être diffusés sur l’écran de la salle (dans ce cas, cela ne nécessite aucun matériel spécifique) ou sur un support individuel (smartphone, tablette).
Les principes de fonctionnement
Pour diffuser les versions adaptées des films, des solutions matérielles d’adaptation peuvent s’avérer nécessaires. Seule la programmation de séances avec ST-SME projetés à l’écran peut être mise en place sans matériel additionnel. Cela permet d’avoir sans délai une proposition de séances adaptées à destination des personnes sourdes et malentendantes.
Plusieurs équipements sont actuellement disponibles sur le marché. Ils satisfont un ou plusieurs des critères énoncés ci-dessus, voire d’autres versions non mentionnées (Renforcement Sonore, VAST). Il peut être nécessaire de les combiner entre eux (par ex. boucle magnétique fixe + solution de réception individuelle) ou d’y ajouter la programmation de séances ST-SME à l’écran.
La CST a realisé en 2023, en collaboration avec le CNC, une étude présentant différentes solutions existantes ou en développement. Elle est disponible sur le site de la CST : Engagements vers l’accessibilité et l’inclusion – CST.
Au delà des solutions techniques se pose également la question du modèle économique lié à chacune d’entre elles et de la production et de la circulation des versions adaptées pour les films qui sortent en salle.
Principes techniques
On peut distinguer :
– les solutions fonctionnant avec une installation dans la salle. Un émetteur installé dans la cabine de projection récupère les éléments adaptés sur le DCP (le fichier) du film.
– les solutions fonctionnant sans lien avec le matériel de projection de la salle, basées sur la synchronisation avec le son du film. Elles ont des modèles économiques différents et des catalogues de films concernés spécifiques.
Catégories de récepteur
On peut également distinguer :
– les solutions s’appuyant sur des récepteurs appartenant à la salle de cinéma.
– les solutions fonctionnant via une application. Le récepteur individuel est alors le matériel du spectateur (smartphone ou tablette) sur lequel est chargée l’application. Le cinéma peut disposer de quelques appareils en prêt pour les spectateurs n’ayant pas de smartphone.
Ces distinctions se combinent dans diverses solutions d’adaptation, décrites ci-dessous.
Les solutions d’adaptation
La boucle magnétique :
La boucle magnétique (ou boucle à induction magnétique – BIM) est un équipement permettant aux personnes disposant d’un appareil auditif de recevoir le son du film directement dans leur appareil personnel. Elles doivent pour cela mettre l’appareil sur la position T.
La boucle magnétique peut être installée de manière fixe dans la salle, ou se présenter comme un collier individuel que l’on branche sur un récepteur individuel.
Plus de détails sur la boucle magnétique
Fidelio par Dolby Doremi :
Le dispositif Fidelio permet à ses utilisateurs d’accéder depuis un émetteur en cabine à l’audiodescription ou au son renforcé par l’intermédiaire d’un petit boîtier individuel sur lequel vient se brancher un casque ou une boucle magnétique individuelle ou prêtée par le cinéma. Ce système est installé dans de nombreux cinémas mais sa maintenance n’est plus assurée par Dolby qui arrête de le commercialiser au profit du nouveau système DAS.
Plus de détails sur la solution Fidelio
D.A.S par Dolby :
La solution Dolby Accessibility Solution (DAS) propose un récepteur individuel qui se présente comme un smartphone mais qui est la propriété de la salle de cinéma. Le récepteur DAS est dédié aux versions adaptées : audiodescription, renforcement sonore ou sous-titres, en blanc uniquement, reçus depuis un émetteur en cabine. On peut également y connecter une boucle magnétique individuelle.
Les installateurs Cinéma Next, Ciné Digital, l’ADDE et Décipro accompagnent cette solution en France.
Sennheiser :
La société, renommée dans le domaine du son, propose une solution avec un récepteur de son individuel pour des versions en audiodescription et Son Renforcé sur le même modèle que Fidelio. Cette solution n’est plus commercialisée.
Plus de détails sur la solution Sennheiser
Sony :
La société Sony propose une solution avec boîtier récepteur pour recevoir du son (audiodescription ou son renforcé) depuis un émetteur en cabine. Elle permet également d’adapter une boucle magnétique individuelle. En revanche la solution de diffusion de sous-titres dans des lunettes connectées n’a pas dépassé le stade de l’expérimentation.
Plus de détails sur la solution Sony
Greta :
La solution Greta, développée en Allemagne, est disponible en France depuis 2017. Elle fonctionne grâce à une application pour smartphone qui nécessite un abonnement de la part de la salle de cinéma. En effet, la technologie utilisée est basée sur la synchronisation de la version adaptée sur le son du film, fonctionnant grâce à la géolocalisation dans le cinéma. Les versions adaptées, stockées dans une base de données indépendante, sont téléchargées gratuitement par les spectateurs en arrivant dans la salle de cinéma via leur connexion internet.
Audiodescription, Renforcement sonore et Sous-Titres SME doivent être pour cela intégrés dans le catalogue Greta, selon un modèle économique différent de celui des versions disponibles sur les DCP. A partir de ce moment-là, les spectateurs et spectatrices peuvent se rendre dans les cinémas abonnés à la solution Greta en France et vivre une expérience adaptée de manière totalement autonome.
Cependant le catalogue de films accessibles ne présente pas la totalité des films disposant de versions adaptés lors de leur sortie en salle. Actuellement les sociétés Cinéma Next et La Cabinerie s’attachent à développer l’offre de films et l’offre de salles adhérentes à la solution Greta.
Plus de détails sur la solution Greta
AudioEverywhere/ AudioApp (aussi appelé ListenWIFI) et CDMCaptions
L’installateur Ciné Digital a développé sa propre solution à partir d’une base d’applications existantes et en assure la commercialisation et l’installation dans les cinémas. L’application ListenWIFI traite du son et propose l’Audiodescription et le Son Renforcé. Elle est souvent associée à l’application CDMCaptions qui traite des sous-titres sur l’écran du smartphone support. Les sous-titres sont disponibles en blanc uniquement. Les applications se synchronisent à un émetteur en cabine.
Twavox – Audio Point/ Barix :
La société a développé une solution innovante pour les personnes en situation de handicap sensoriel : une application mobile permettant, via le wifi de la salle, d’accéder aux sous-titres SME en code couleur, à l’audiodescription et au son renforcé. Toutefois, depuis 2023, la version incluant les sous-titres n’est plus commercialisée. De plus, les mises à jour techniques nécessaires pour suivre l’évolution des normes DCP sont complexes, ce qui empêche parfois la diffusion de certaines versions adaptées déjà existantes. Mais la société poursuit son évolution et les équipes ont ainsi développé une nouvelle application, Audio Point – Barix, destinée aux installations plus récentes. Désormais, selon les équipements en place, une salle peut proposer soit Twavox, soit Audio Point – Barix. Pour accéder à l’audiodescription et au son renforcé, il est donc essentiel de se renseigner à l’avance sur le système utilisé, afin de télécharger l’application correspondante.
Plus de détails sur les solutions Twavox et Audio Point – Barix
CinéAccess :
L’ADDE et Ciné Digital font partie des installateurs de cette solution qui fonctionne via l’application du même nom. Une fois que le cinéma est équipé il dispose d’un réseau wifi local par salle sur lequel les spectateurs peuvent se connecter via leur smartphone ou tablette personnels et ainsi accéder aux versions adaptées (audiodescription, son renforcé et ST-SME) des films qui en disposent. Le réseau de cinémas CGR est un partenaire privilégié de cette solution lancée en septembre 2025. La carte des cinémas pour l’instant équipés est consultable sur le site de CinéAccess : CinéAccess – Audio description accessible dans les cinémas
MovieReading pour la V.A.S.T. :
Imaginée par l’association Tout en Parlant en 2020, la Version originale Audio Sous-Titrée (VAST) propose de rendre accessible les films étrangers sous-titrés via l’application MovieReading téléchargeable sur smartphone. Pensée pour les personnes malvoyantes, dyslexiques ou francophones mal assurées, ce dispositif consiste en un enregistrement sonore des sous-titres de la VOST, lus par un comédien ou une comédienne. Cette piste son est ensuite disponible via l’application qui se synchronise automatiquement et en temps réel avec la bande-son originale du film. Ce système fonctionne sans installation dans le cinéma et est gratuite pour les spectateurs. L’association Tout en Parlant réalise chaque année la VAST de quelques films (10 en 2025).
Plus de détails sur le site de Tout en Parlant et sur ce document à destination des exploitants : https://www.cine-sens.fr/wp-content/uploads/2023/01/Infos-VAST-pour-exploitants2.pdf
La Bavarde (seulement su iOS actuellement) :
Lancée en 2024 par l’association Les Yeux dits, l’application La Bavarde, qui ne fonctionne que sur iOS et à partir de l’iPhone X, propose un catalogue de films avec versions en audiodescription ou VAST. L’application est gratuite et nécessite une connexion internet pour télécharger les pistes des versions adaptées souhaitées avant la séance, qui se synchronisent ensuite au son du film une fois démarré dans la salle.
La gestion du matériel
Suite à l’installation de ces équipements, un certain nombre de questions se pose.
Pour les matériels mis à disposition des spectateurs par le cinéma, la structure doit prendre en compte plusieurs aspects : distribution, récupération, hygiène, maintenance, rechargement, vols… une certaine logistique est nécessaire et elle doit être pensée et prise en charge par l’équipe du cinéma. Un cinéma qui souhaite s’équiper doit aussi se poser la question du nombre d’équipements individuels nécessaires. Il faut connaître son environnement, son public, évaluer les besoins, etc, en sachant qu’il sera toujours possible de compléter le matériel à postériori auprès de son fournisseur.
Les procédés « Bring your own device », s’appuyant sur un matériel propre à chaque utilisateur, tels que Twavox ou Greta, permettent de pallier aux problèmes d’hygiène et de maintenance puisque chaque spectateur porteur d’un handicap sensoriel vient au cinéma avec son propre smartphone et son casque. Néanmoins, cette méthode soulève d’autres questions :
- Toutes les personnes en situation de handicap n’utilisent pas forcément de smartphone. Il est nécessaire que le cinéma ait quelques appareils en prêt.
- La recharge des smartphones en cours de séance, si besoin, peut nécessiter une alimentation électrique. Les cinémas doivent alors être équipés de prises dans les salles.
- Le téléchargement des pistes adaptées sur les applications nécessite une connexion internet que dans le cas où les spectateurs et spectatrices n’auraient pas ou plus de forfait le cinéma devrait être en mesure de pouvoir fournir.