Interview sur l'audiodescription du film Anatomie d'une chute

ANATOMIE D’UNE CHUTE, LE DÉFI DE L’AUDIODESCRIPTION

Anatomie d’une Chute : un défi de taille relevé par l’équipe de l’audiodescription

Le mercredi 10 janvier nous avons eu le plaisir d’échanger avec trois professionnels de l’audiodescription de la Compagnie Véhicule qui ont travaillé sur le film Anatomie d’une chute.
Grâce à la production des films Pelléas nous avons été mis en contact avec Sabrina Bus de la Compagnie Véhicule et autrice de l’audiodescription qui a souhaité associer à notre interview Delphine Harmel collaboratrice non voyante et Yann Richard ingénieur du son.

 

Anatomie d’une chute de Justine Triet a marqué l’année 2023. En mai il reçoit la palme d’or à Cannes.
En août, à sa sortie en salle en France il rencontre un succès public et les récompenses se multiplient à l’international.
Nous étions intriguées de savoir comment les protagonistes de la version audiodécrite ont relevé les nombreux défis posés par les particularités de ce film : multilingue, bande sonore dense…

 

 

Vous trouverez toutes ces réponses en découvrant l’interview ci-dessous, version sans sous-titres :

Ou en découvrant l’interview dans sa version avec sous-titres :

Extraits

Voici quelques extraits de l’interview :

« Ce que ça m’inspire ce travail c’est de la dentelle, ça exigeait tellement de minutie, de délicatesse. »
Delphine Harmel

« Ecrire l’audiodescription d’un film qui nous a enthousiasmé est parfois plus difficile qu’écrire sur un film qui vous a laissé plus indifférente. »
Sabrina Bus

« C’est très chargé en son, insérer de la voix là-dedans c’était compliqué, techniquement c’est peut-être un des plus dur que j’ai fait. »
Yann Richard

Nous vous invitons à découvrir toutes ces réponses au cœur de cette interview en vous souhaitant une belle découverte.

Interview réalisée et montée par Marie Ferreira et Louise Chevalier, association Ciné Sens.

 

Projection de films expérimentaux par Light Cone “TOUT OUÏE : EXPÉRIMENTER L’AUDIODESCRIPTION”

par Mathilde Collonges

Mardi 18 avril 2023, dans l’une des deux salles du Luminor à Paris. Ce soir-là, une projection de court-métrages expérimentaux est organisée par l’association Light Cone, distributeur de films expérimentaux connu à l’international. La particularité de cette séance ? Elle est dédiée à la découverte de l’audiodescription et met en parallèle les enjeux du cinéma expérimental avec ceux du travail de l’audiodescription.

Mais avant toute chose, comment peut-on définir le cinéma expérimental ?

C’est un cinéma hybride convoquant le concept de l’intermédialité et se détachant des normes du cinéma traditionnel : la narration, la linéarité du récit sont généralement laissés de côté pour faire primer la forme sur le fond et transmettre véritablement une expérience d’ordre sensible. Passant au travers des mécanismes institutionnels, le cinéma expérimental est une pratique artistique plus qu’un genre filmique et à ce titre, n’est pas exploité en salles comme les films narratifs.

C’est pourquoi des associations comme Light Cone se donnent la mission de valoriser et de démocratiser ce cinéma au sein même des salles : la mise en place de projections « SCRATCH » par Light Cone permet notamment de faire découvrir ou redécouvrir des films expérimentaux qui sont majoritairement assez rares :

Les projections « Scratch » représentent l’outil privilégié de LIGHT CONE dans l’activité de promotion du cinéma expérimental. Cette entité de diffusion spécifique favorise l’exploration de l’histoire du cinéma et la visibilité des travaux d’artistes contemporains par le biais de projections régulières à Paris. N’ayant jamais eu de lieu fixe de diffusion, Scratch Projection a toujours pratiqué le nomadisme au sein de la capitale, favorisant ainsi les rencontres et les mélanges de publics.

Light Cone – À propos de Light Cone

C’est dans le cadre de ces projections que l’événement TOUT OUÏE : EXPÉRIMENTER L’AUDIODESCRIPTION a été pensé. En mettant au centre de la programmation de cette séance la pratique de l’audiodescription, chacun des membres du public a été invité à expérimenter sa « vision intérieure », principe phare du cinéma expérimental qui, d’une certaine manière, est proche de l’expérience cinéma de tout spectateur déficient visuel.

Dans la salle du Luminor, l'écran affiche l'intitulé de la projection. Au dessous de lui, les réalisateurs Rose Lowder et Patrick Bokanowski se tiennent aux côtés de Gisèle Rapp-Meichler, présidente de Lightcone.

                Gisèle Rapp-Meichler, présidente de Light Cone, entourée des réalisateurs Rose Lowder et Patrick Bokanowski

Au programme donc, 5 court-métrages dont trois diffusés en audiodescription :

DISQUE 957 de Germaine Dulac (1928)

Disque 957 n’est qu’un petit film dans lequel j’ai cherché à jouer tantôt avec des rythmes, tantôt avec des harmonies suggestives – Il n’y a là aucune prétention, aucune révolution, seulement une recherche de poésie et d’expressions visuelles.” (G.D.)

À PROJETER SUR LE CIEL, LA NUIT de Maurice Lemaître (1979)

“Bricoleur comme toujours, Lemaître crée ce film tout en pellicule transparente, dont le sujet à regarder est le ballet des poussières et des rayures, en noir sur le fond lumineux, comme un négatif « d’étoiles et de galaxies d’images possibles ».” (Jeanne Cousseau)

LA FEMME QUI SE POUDRE de Patrick Bokanowski (1970-1972)

“C’est un film sans sol et qui par conséquent désoriente le spectateur le mieux assis. Si l’on remarque que ces créatures se livrent lentement à des actes que l’on ne comprend pas mais dont on pressent l’épouvantable jeu […], on se dit qu’est à l’œuvre, dans ce film noir, déroutant, la logique du cauchemar.” (Dominique Noguez)

BOUQUETS 1 à 10 de Rose Lowder (1994-1995)

“Structurées dans la caméra lors du « filmage », selon des modalités élaborées progressivement dans mes précédents films, ces recherches se développent pour composer un bouquet filmique d’images cueillies chaque fois dans un même site, à différents moments.” (R.L.)

A SENSE OF PLACE de Tony Hill (2003)

“Sally Goode est aveugle de naissance. Tony Hill l’emmène dans un lieu qu’elle ne connaît pas, et l’enregistre en train de décrire ce qu’elle y découvre par l’ouïe et le toucher. C’est avec beaucoup d’imagination, de légèreté joyeuse et de simplicité d’expression qu’elle livre ses découvertes. Pour faire l’expérience du lieu, les voyants doivent voir à travers ses mains. Des objets que l’on reconnaît normalement du premier coup d’œil, nous deviennent plus étrangers, moins identifiables, lorsqu’ils sont décrits par allusions et sans recours au lexique de la vision.”
Ce film a notamment été conçu pour être projeté dans un cinéma “sans lumière” et il a fait l’objet d’une diffusion dans l’émission de radio américaine “This American Life”.

DISQUE 957, LA FEMME QUI SE POUDRE et BOUQUETS sont les trois films qui ont été projetés avec l’audiodescription : leur restauration récente par le CNC a permis la création de versions adaptées, conformément aux mesures concernant l’amélioration de l’accessibilité, datant de 2020. Les versions audiodécrites ont été respectivement écrites par Laure Morisset, Nathalie Sloan (en collaboration avec Aziz Zogaghi) et Marie Fiore (en collaboration avec Delphine Harmel). Les cinéastes Patrick Bokanowski et Rose Lowder étaient également présents lors de la projection, découvrant ainsi pour la première fois leurs œuvres en audiodescription. La projection de LA FEMME QUI SE POUDRE et BOUQUETS alternait entre écran noir et images afin que les spectateurs voyants fassent eux aussi l’expérience de l’audiodescription. Une discussion a ensuite eu lieu entre les deux réalisateurs présents, les audiodescriptrices, les collaborateurs, et le public.

Qu’est-ce qui différencie une audiodescription d’un film narratif d’une audiodescription d’un film expérimental ?

Alors que l’audiodescription d’un film narratif se concentre sur les actions et les émotions des personnages, les lieux et les situations dans lesquels ils sont amenés à évoluer tout au long d’une intrigue, l’audiodescription d’un film expérimental s’attache plutôt à une retranscription sensible de ce qui est visible dans et par l’image. Laure Morisset, audiodescriptrice sur Disque 957, témoigne de cette difficulté d’intervenir en tant qu’audiodescripteur·rice sur ces films : “Nous ne somme pas dans quelque chose de réaliste : nous sommes vraiment dans du sensible.” Les éléments formels, déjà mis en avant dans l’image, sont présentés dans l’audiodescription selon leur potentiel poétique : un tourne-disque, par l’effet de la lumière, prendra par exemple l’aspect d’un soleil (DISQUE 957) aussi bien aux yeux du spectateur voyant que dans l’esprit du spectateur mal ou non-voyant.

“Il y avait, me semblait-il, beaucoup de matières, d’ombres, de lumières. Alors nous essayons de créer des analogies en parlant d’un cœur ou d’un soleil ; on essaie de créer des images mentales qui puissent être captées. Mais nous restons dans de l’expérience sensible et donc nous n’avons pas de vérité. Comme chaque spectateur, voyant ou non-voyant, se crée son propre film finalement” explique Laure à propos de DISQUE 957.

Photogramme issu de DISQUE 957 : le visage d'une femme est surimprimé sur un disque phonographique

Disque 957 (Germaine Dulac, 1928) © Light Cone

Elle fait cependant remarquer que le texte peut être un peu plus narratif au vu de l’absence de dialogues dans les productions expérimentales : l’écriture de l’audiodescription devient plus spécifique en utilisant d’autres moyens de construction sur le texte.

Aziz Zogaghi, collaborateur déficient visuel sur LA FEMME QUI SE POUDRE note à propos de DISQUE 957 :

“Ce qui est super, c’est que l’on a un mélange tout à la fois entre les éléments géométriques, les éléments visuels, les jeux de lumière, les vitesses… […] Tout ça est assez parlant même si originellement le film est muet : il se passait très bien de son puisque le texte de l’audiodescription avait toute sa place ici pour décrire au mieux, presque image par image.”

Il est notamment revenu sur le travail d’écriture effectué avec Nathalie Sloan et Patrick Bokanowski, 7 ans auparavant, pour LA FEMME QUI SE POUDRE :

“Ce film nous plonge dans un univers qui est complètement surréaliste, avec une musique assez enveloppante, qui saisit. Le film n’aurait eu aucun sens s’il n’y avait eu que cette musique […]. Le fait d’avoir de l’audiodescription donne quand même l’ambiance dans laquelle le film souhaite nous plonger. Ce dont je me rends compte surtout, c’est le travail qui a été fait : l’audiodescription a été écrite il y a 7 ans, et en 7 ans, l’on se rend compte de comment une audiodescription évolue, comment le langage et comment le choix des mots évoluent. Il y a un côté plus littéraire dans les anciennes audiodescriptions et un côté peut-être plus conté finalement, mais en ayant tout de même une description des éléments.”

Photogramme issu de LA FEMME QUI SE POUDRE : trois personnages masqués et informes se tiennent autour d'une longue table en bois

La Femme qui se poudre (Patrick Bokanowski, 1972) © Kira B.M. Films

Si le rythme de film semblait assez fluide grâce à l’échange opéré entre la voix de l’audiodescription et la musique, et aidait à entrer au sein d’un “univers complètement fantasmagorique”, le rythme du film BOUQUETS est, pour Aziz Zogaghi, beaucoup plus saccadé du fait de “l’énumération d’éléments, de couleurs, de fleurs, etc”. En somme, une succession de mots, qui échappait totalement à la description, mais que le réalisateur Patrick Bokanowski par exemple a entendu comme une poésie “qui sortait en même temps que le film”. Sur ce point, Delphine Harmel, collaboratrice déficiente visuelle sur BOUQUETS, est elle aussi plus sensible à la rythmique visuelle du film :

“Je crois que ce qui importe, c’est de se laisser bercer par la musique des mots, qui se répondent parfois : l’image qui s’affole et les herbes folles, des choses comme ça qui sont assez jolies et que j’ai redécouvert car c’est un travail qui a été accompli il y a déjà quelques temps.”

Parmi le public, une spectatrice non-voyante a pu ressentir cette musicalité des mots :

“La rythmique des mots renvoyait justement à cet effet stroboscopique, à ces images que je voyais parfaitement jaillir sur moi, me sauter à la figure, aux yeux, au corps. Cette rythmique textuelle renvoyait complètement à ce que était selon moi l’intention de la réalisatrice.”

Ensemble de photogrammes issus des BOUQUETS : ils représentent des fleurs en plan rapproché

Bouquets 1-10 (Rose Lowder, 1994-1995) © Light Cone

Elle conclue :

“Le cinéma expérimental est sans doute celui qui donne le plus de fil à retordre aux auteurs d’audiodescriptions mais c’est aussi celui qui donne un champ immense de libertés, d’interprétations, de ressentis, de perceptions.”

Finalement, c’est à travers des projections comme celle-ci, qui mêle le cinéma expérimental et l’audiodescription, que peuvent nous êtres ouvertes des interrogations nouvelles quant à l’accessibilité du cinéma, qu’elle soit culturelle ou sensorielle. Et s’il est possible de voir autrement le monde qui nous entoure grâce à ce genre de pratiques, nous ferions mieux de nous y atteler dès lors, afin de nous reconnecter avec notre sensibilité la plus profonde et d’apprendre à mieux appréhender autrui.

Il est possible de prendre rendez-vous afin de visionner ces films avec leurs versions audiodécrites ainsi que d’autres au centre de documentation de Light Cone. Plus d’informations à cette adresse : https://lightcone.org/fr/conditions-d-acces

 

Ce témoignage a été réalisé par Mathilde Collonges, étudiante en cinéma, dont le travail de recherche se concentre sur le cinéma expérimental, dans le cadre de son service civique à Ciné Sens.

Marius de l’audiodescription 2023 : retour d’expérience des autrices des versions audiodécrites nommées

Il y a un mois se tenait la cérémonie du Marius de l’audiodescription 2023 dans la salle de projection du CNC. Parmi les cinq films sélectionnés, c’est la version audiodécrite composée par Katia Lutzkanoff pour La Nuit du 12 réalisé par Dominik Moll qui a été récompensée !

À cette occasion, Ciné Sens s’est entretenu avec 3 des autrices des versions audiodécrites des films en compétition : Katia Lutzkanoff (La Nuit du 12) pour Poly-Son, Meryl Guyard (En corps) pour Hiventy et Émeline Chetaud (Pacifiction : Tourment sur les Îles) pour Titrafilm.

Retour synthétique sur ce processus d’écriture si particulier qu’est l’audiodescription :

Que représente pour vous une cérémonie telle que les Marius ?

Katia Lutzkanoff : Pour moi, cette cérémonie est l’occasion de mettre en lumière ce métier d’auteur que je pratique avec passion. Mais pas seulement. Elle permet de sensibiliser un plus large public à l’audiodescription. Elle donne la possibilité à ceux qui ne sont pas nécessairement auteurs ou relecteurs de donner leur avis sur notre travail et c’est peut-être au final, ce qui importe le plus.

Meryl Guyard : L’occasion de faire connaître l’audiodescription et également de susciter des débats autour de l’écriture de VAD en accord avec les attentes des spectateurs aveugles et déficients visuels.

Émeline Chetaud : Je me réjouis à l’idée que nous soyons tous réunis : public, collaborateurs, auteurs, chargés de projet. Les occasions sont rares.  Les Marius sont une réelle opportunité de parler de notre métier, de le célébrer et également de le défendre. Notre profession souffre encore d’un vide juridique concernant les droits d’auteur. Il serait temps que cela change.

Quel effet cela vous fait-il d’être nommée pour cette édition ?

K.L. : J’en suis très heureuse, même si ce n’était pas une fin en soi. Habitant en province, il n’a pas été facile de trouver une formation, et c’est un peu comme une reconnaissance de mon travail que je qualifierais “d’acharné” pour réussir à me sentir légitime.

M.G. : Le fichier de la VAD qui a été diffusé auprès des jurés n’étant pas le bon, je ne peux pas dire que mon sentiment soit très positif.

É.C. : Je suis extrêmement heureuse d’être nommée pour ce film que j’affectionne particulièrement. Et plus encore de partager cette nomination avec Aziz Zogaghi avec qui j’adore travailler. Le film nous a beaucoup marqués tous les deux. Il offre une expérience cinématographique insolite qui « infuse » et « imprègne » longtemps l’esprit. Le film est étrange, déroutant, long aussi…mais captivant. Il m’a comblée en tant que spectatrice, mais aussi en tant qu’auteure. Il y avait tellement à retranscrire pour incarner l’atmosphère prégnante du film : les personnages, leurs dégaines, les lieux, la nature, le crépuscule, les ambiances sonores etc… Même les crédits interminables du début donnent le ton. Quand le financement est aussi tentaculaire, c’est que le projet est singulier. Être nommée avec un film si personnel, c’est une chance et un privilège !

En tant qu’autrice de versions audiodécrites, comment vous sollicite-t-on afin de réaliser ces versions ? 

K.L. : Je travaille régulièrement avec les mêmes chargé(e)s de production, qui, quand ils quittent une boîte de production pour une autre, me renouvellent leur confiance et me proposent des films à audiodécrire.

M.G. : Ce sont les labos qui me contactent et me proposent un projet. Je suis libre de l’accepter ou non selon le tarif proposé et mes disponibilités. Éventuellement aussi selon le projet.

É.C. : À 95%, les projets nous sont confiés par les laboratoires de postproduction. A quelques rares exceptions, directement par les producteurs. Dans le cas de « Pacifiction », il s’agissait d’une commande classique de la part de Catherine Béranger de chez Titrafilm. Je la remercie encore pour sa confiance.

Comment appréhendez-vous un film avant de vous lancer dans l’écriture de sa VAD (Version Audiodécrite) ? 

K.L. : Je le regarde une fois et je le laisse poser (si j’ai le temps, mais c’est assez souvent le cas). Je le revisite plusieurs fois en pensée avant de me lancer dans le travail d’écriture.

M.G. : Je commence par visionner le film en entier. Si besoin, je fais des recherches (sur une époque, par exemple ; ou encore si le film traite d’un univers précis, nécessitant des connaissances ou un vocabulaire particulier). Pour le film En corps, j’ai fait beaucoup de recherches sur les mouvements de danse classique et contemporaine. Parfois, je me fais une liste de mots et/ou synonymes dans le thème, dans laquelle je peux aller piocher ensuite.

É.C. : La première étape consiste toujours à visionner le film comme une spectatrice lambda, en me laissant porter par l’histoire. Puis, avant de commencer l’écriture, je me renseigne sur le film, le thème abordé, le réalisateur, etc. Au cours de l’écriture, j’effectue souvent des recherches plus approfondies (sur le sujet du film, son lieu géographique, son époque…). Je peux passer des heures à chercher le nom d’un monument que l’on ne verra que 3 secondes à l’écran.

Combien de temps avez-vous pu consacrer à ce travail d’écriture ?

K.L. : Je ne sais plus mais j’ai eu le temps nécessaire. Je fais une quinzaine de minutes de films par jour et une fois le film fini, je laisse encore poser un ou deux jours et je me relis à haute voix en visionnant le film. Et je modifie, je peaufine…

M.G. : Si ma mémoire est bonne je crois que j’avais 3 semaines de délai.

É.C. : J’ai consacré environ une quinzaine de jours à l’écriture.

Combien de temps a pris le travail de relecture ?

K.L. : 5 heures, avec une relectrice non-voyante et le réalisateur Dominik Moll.

M.G. : Une demie journée.

É.C. : La relecture avec Aziz et Lucinda Treutenaere (qui se charge de la vérification voyante chez Titra) s’est faite lors d’une séance classique d’une matinée. Le film est certes long (2h45), mais le travail a été fluide.

Sur quels critères estimez-vous qu’une VAD est réussie ?

K.L. : Avant de le proposer en relecture, je suis satisfaite si je trouve que ma description et la bande son du film se répondent bien. Je suis très attachée à trouver le bon calage du texte pour que la description et le film s’orchestrent comme une partition. En relecture, je suis satisfaite si le non-voyant a compris, s’il a ressenti les émotions que le réalisateur a mis dans son film. Et si le réalisateur me dit que ma description est fidèle à son film.

M.G. : D’abord, une VAD doit se faire oublier, on ne devrait plus “l’entendre”. Elle doit s’intégrer avec discrétion dans les dialogues et les sons d’ambiance. Ensuite, elle doit, bien sûr, permettre de comprendre l’action et en situer les lieux, le moment et les protagonistes (où ? quand ? qui ?). Enfin, elle doit être fidèle à l’atmosphère du film et au plus près du propos du réalisateur (par exemple en adaptant le niveau de langage ou en choisissant certains champs lexicaux pour retranscrire une ambiance).

É.C. : Si le public a « vu » le film ; si les éléments décrits lui inspirent des images, des émotions ; si l’AD s’est fondue dans le film et a su l’accompagner sans le supplanter ou le desservir. 

Pourriez-vous nous citer une scène du film qui a été délicate à audiodécrire ?

K.L. : Souvent les débuts sont délicats pour introduire les personnages. Et la scène de départ à la retraite de Tourancheau était complexe, comme ça l’est toujours quand il y a plusieurs personnages qui parlent en même temps et qui laissent peu de place à la description… Mais souvent quand le film est bon (ce qui est le cas à mon avis ici), il faut lui faire confiance et choisir d’aller à l’essentiel…

M.G. : Toutes les scènes de ballets. En effet, c’est assez compliqué d’être à la fois dans le tempo de la musique tout en décrivant la scène au plus proche de la réalité. On ne peut pas tout dire et il faut conserver une impression de légèreté propre à la danse, tout en étant précis. Autre difficulté : trouver le juste milieu entre les termes techniques (le nom des pas de danse par exemple) et la poésie d’un ballet.

É.C. : J’aurais du mal à en citer une. Le film relevant presque de « l’objet cinématographique non identifié », il était d’emblée une gageure. Pourtant, il ne présentait pas de difficultés « techniques » particulières. Mais Albert Serra faisant le choix d’une narration elliptique, détachée du scénario et de la dramaturgie, il était parfois difficile de savoir exactement « où » et « quand » se situaient les scènes et si elles avaient une continuité. En revanche, il crée des images à fort potentiel narratif. Elles sont toutes chargées de sens. C’est aussi ce qui donne son originalité à l’œuvre et sa modernité. La réelle difficulté était de transmettre la force et la richesse de son imagerie.

Une scène dont vous êtes assez satisfaite ?

K.L. : La Nuit du 12 s’ouvre sur un cycliste qui fait des tours de piste de nuit dans un vélodrome désert. Cette scène est récurrente dans le film. Il faut donc relever les détails pour voir comment elle évoluera en même temps que l’humeur du cycliste qui est l’enquêteur principal, et qui est de plus en plus frustré par son enquête et se défoule sur la piste. J’ai aimé chercher les mots justes pour montrer l’ascension de sa frustration. Je suis aussi assez satisfaite de la scène où l’on découvre pour la première fois le corps sans vie de Clara. J’ai remarqué qu’un insecte lui courait sur la jambe et je trouvais que ça ajoutait au macabre de la scène. Tout était immobile et sans vie et cette petite bête qui lui courait sur la jambe m’a donné des frissons. J’étais contente d’avoir pu la mentionner. Et j’ai constaté en relecture que ça avait fait l’effet que j’escomptais. Car souvent, c’est de trouver le mot juste, un seul mot mais qui percute, ou l’image que l’on va choisir de décrire plutôt qu’une autre qui nous procure cette sensation de satisfaction.

M.G. : Pas de scène en particulier. Je m’attache à être satisfaite du film en entier !

É.C. : Je ne suis jamais satisfaite ! C’est mon grand drame. En tant que spectatrice, j’ai adoré les scènes complètement décalées du Paradise. Mais s’il faut parler « d’efficacité », peut-être la scène de la répétition de danse avec le parallèle du combat de coqs.  

La Nuit du 12

Ciné Sens les a également questionnées individuellement par rapport à une ou plusieurs spécificités du film audiodécrit :

Pour La Nuit du 12 : considérez-vous que la VAD peut apporter une dimension inédite au film d’enquête/au thriller ? En essayant notamment de ne pas en dire plus de ce qui est montré à l’image et de respecter les intentions du réalisateur de ne dévoiler que progressivement les éléments clés de son intrigue ?

K.L. : Oui. Si le spectateur voyant est tenu en haleine par un film d’enquête, la version audio-décrite se doit d’essayer de tenir en haleine son spectateur. L’auteur d’audiodescription doit garder en mémoire sa première impression, lors de son premier visionnage. Et tenter de mettre son spectateur dans le même état que lors de ce premier visionnage. Il faut donc suivre le rythme du film.

Pour En Corps : comment ajuster l’écriture d’une VAD à des scènes de danse afin que le spectateur déficient visuel puisse se projeter mentalement ces mouvements (à la fois pour ce qui est de la danse classique mais aussi de la danse moderne) ? 

M.G. : Comme expliqué au-dessus, il faut, je crois, bien choisir des termes qui font image et aussi laisser des temps pour entendre la musique. L’idéal étant que les deux se mélangent harmonieusement. Surtout ne pas être à contre-temps de la musique.

Pour Pacifiction : en prenant en compte la portée contemplative du film, quelle est la différence que vous avez pu constater en réalisant cette VAD par rapport à des films où la narration est plus concentrée sur une série d’actions par exemple ? Est-ce que la description peut connaitre des limites quant à ce genre de film ?

É.C. : Je n’ai ressenti aucune limite, au contraire, ce genre de film permet à la description de prendre tout son sens. Sans VAD, le film serait complètement dénaturé. Les lieux et les personnages sont tellement hors normes qu’il serait bien difficile de s’en passer. Par exemple, le Paradise, club kitch et interlope, véhicule d’emblée une tension, une étrangeté, un malaise. La VAD permet aussi de souligner le côté très organique du film. La nature y est prépondérante. Sa vitalité et sa puissance sont vraiment mises en valeur dans la bande-son (le vent, la pluie, les vagues…), mais aussi à l’image. La beauté intrinsèque de Tahiti (mer cristalline, couchers de soleil exceptionnels, végétation luxuriante) tranche avec le côté sombre et parfois fantasque de l’histoire. Enfer ou paradis ? Thriller politique ou farce ? Ce n’est jamais très clair. Le titre incarne à lui seul cette forme hybride. Albert Serra développe plusieurs « pistes », sans en privilégier une. Il faut se laisser porter, le voyage vaut le détour.      

Pour rappel, vous pouvez visionner la remise du Marius de l’audiodescription juste ici : 

Ecoutez le message de remerciement de Katia Lutzkanoff à 46:40
Ecoutez le message de Dominik Moll à 49:50

 

Photo prise par Ciné Sens lors de la remise du Marius au CNC 

VIDÉO : De la création de la version audiodécrite d’un film à son accompagnement en salle

Dans le cadre du festival « Tous en Salle » dédié au cinéma jeune public organisé par le GRAC en février dernier, l’association Ciné Sens a eu l’occasion de participer à la séance du film Jean-Michel le caribou en accompagnant en vidéo l’intervention de Sandrine Dias, autrice de la version audiodécrite du film. Au travers d’ateliers de médiation, l’autrice revient sur le parcours du film, de l’écriture de son audiodescription à sa présentation en salle. Avec la collaboration de l’agence Tintamarre, Ciné Sens a pu réaliser ce témoignage vidéo autour du travail d’audiodescription : 

Un livret pédagogique du film à destination des professionnels et décrivant un exemple d’animation de découverte du handicap sensoriel au cinéma réalisé par le Cinéma Public Films est également disponible au téléchargement ici
 
SYNOPSIS

Marcel, le maire, décide d’interdire les histoires d’amour : ça n’engendre que des problèmes et ça rend tout le monde malheureux ! Interdire les histoires d’amour ? Jean-Michel n’est pas trop pour et sa petite amie Gisèle encore moins… Hélas, la répression commence. Nos héros décident d’entrer en résistance pour que l’amour soit à nouveau autorisé dans le village.

D’après les albums de la collection Jean-Michel le caribou, de Magali Le Huche, publiés par les éditions Actes Sud Junior.

Jean-Michel le caribou et les histoires d’amour interdites est un film d’animation distribué par Cinema Public Films.

Une expérimentation d’atelier d’écriture d’audiodescription

Fin septembre 2021, le Réseau Médiation Cinéma de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Passeurs d’Images, le Grac, l’Acrira et l’association Ciné Sens organisaient une journée de formation sur le potentiel de l’audiodescription en matière de médiation cinéma. Marie Diagne animait cette journée à Voreppe.

L’heure est maintenant à l’expérimentation ! Et nous souhaitons partager ici les éléments imaginés pour ce dispositif et les commenter grâce aux témoignages de ses participants.

Sous l’impulsion de l’Acrira et du dispositif Passeurs d’Images Rhône-Alpes a été mis en place un nouveau format d’atelier, format condensé visant à embarquer des jeunes pendant le temps scolaire, pour une découverte de l’audiodescription, par l’écriture et l’enregistrement d’une version audiodécrite d’un très court-métrage.
Cet article s’inscrit dans la continuité de la démarche de sensibilisation et de formation à la médiation autour de la version audiodécrite d’un film. L’idée est de pouvoir partager des expériences qui consolident l’envie de mettre en place des actions de médiation et de découverte du cinéma à partir de l’audiodescription.

Format de l’atelier :

  • Atelier de 6 h (3 x 2h)
  • A partir d’un très court-métrage de 2’18’’ (999 de Vincent Leplat), choisi dans le catalogue de L’Extra-Court (Agence du Court-Métrage).
  • Mené conjointement dans deux classes différentes du Lycée Pablo Neruda (enseignement professionnel et général) de St-Martin d’Hères (Isère).
  • En partenariat avec le cinéma Mon Ciné de St-Martin d’Hères.
  • Piloté par l’Acrira (à travers les coordinations régionales Passeurs d’Images et Lycéens et Apprentis au Cinéma) qui a conçu le projet et a notamment fourni l’appui technique lors de la phase d’enregistrement et de montage.
  • Animé par Sandrine Dias, auteure d’audiodescription avec une bonne connaissance des actions de médiation au cinéma et collaboratrice de Ciné Sens.
  • Encadré par le professeur de français (Hélène Tilleman et Olivier Marin ) et un comédien du Théâtre du Réel (Mathilde Vieux-Pernon et Lucas Bernardi) pour chaque classe.

Résultat attendu : produire une ou plusieurs versions audiodécrites du très court-métrage, qui seront montrées en avant-programme de prochaines séances de Lycéens et Apprentis au Cinéma et Passeurs d’images.

Objectifs :

  • Tester le concept et le format en vue d’un élargissement de cette proposition dans le cadre des dispositifs d’éducation aux images
  • Observer l’engagement des jeunes dans l’exercice proposé
  • Concevoir et tester les outils techniques et évaluer leur maniabilité pour des utilisateurs non avertis

Il était intéressant de pouvoir mener cette expérience avec deux groupes d’élèves de profils différents permettant de comparer leur réactions et productions.
L’une des classes rassemblait 14 élèves, dont une seule fille (2nde Professionnelle, en formation de chaudronnerie) et l’atelier était intégré au cours de français. L’autre groupe était composé de 8 élèves, uniquement des filles (2nde Générale) qui s’étaient portées volontaires sur leur temps libre pour participer à cet atelier.
Les enseignants de ces deux classes étaient très impliqués dans la préparation et l’accompagnement de cet atelier et participent par ailleurs au programme Lycéens et Apprentis au cinéma avec leurs classes.
Deux comédiens du Théâtre du Réel, qui interviennent déjà dans ce lycée pour diverses actions de médiation, ont également accompagné ces ateliers.

Regardons de plus près la composition des sessions.


Session 1 Découverte express de l’AD, du très court-métrage et démarrage de l’écriture
Avec une classe, la découverte a pris 1/2h, puis le démarrage de l’écriture a permis d’aborder des questions de principe qui étaient soulevées à partir d’exemples concrets.
Avec l’autre classe, la partie découverte s’est prolongée sur 1h30 car les questions de principe sont venues lors de cette phase, permettant de se lancer ensuite dans l’écriture avec une approche un peu plus approfondie.
Les comédiens intervenants ont abordé la notion de relation entre le corps et la voix, ou de la place de la voix dans le son d’un film. Il et elle ont également contribué à la compréhension de certaines scènes en apportant leur vision.

Session 2 Écriture de la version audiodécrite
Les différentes personnes encadrant l’atelier (auteure, enseignant, comédien.ne, médiatrice de Passeurs d’Images) se sont réparties auprès des sous-groupes formés pour cette phase et ont pu répondre à leurs questions et accompagner leur progression dans l’écriture du texte de l’audiodescription.

Session 3 Enregistrement de la version AD sur le film
Film projeté dans la salle de cinéma.
Micro installé face à l’écran dans la salle et relié à un ordinateur pour enregistrer la voix de l’audiodescription.
Le son enregistré sera ensuite monté sur l’image et mixé au son du film sur Final Cut pro.

Observations :

Si ce n’était pas parfait, comme souvent lors d’une phase de test, l’appréciation globale des divers participants est très positive.
La participation des jeunes a confirmé leur intérêt. Pour certains des élèves, l’appropriation de l’exercice relevait d’un vrai défi, par rapport aux questions de lecture, d’élocution, de vocabulaire, d’expression orale et écrite, etc…

Les enseignants ont souligné leur satisfaction : ce projet leur a permis d’aborder des notions de français, de parler de texte, de langue, de production écrite dans un contexte différent et motivant pour les élèves.

On était dans une configuration certes expérimentale mais très favorable :

  • Bon contexte
  • Bon encadrement
  • Préparation de qualité

Dans ce cadre, le test a montré qu’il était possible de mener à bien cet atelier dans le cadre horaire condensé des 6 heures.

L’étape suivante fixée avec Passeurs d’Images consiste à organiser ce type d’atelier hors temps scolaire avec une transposition à prévoir pour un encadrement équivalent à celui du lycée, à choisir parmi les différentes configurations d’accompagnement des activités hors temps scolaire.

A moyen terme, une fois ces deux expériences engrangées, il s’agit de voir comment élargir les propositions d’atelier avec un encadrement adapté aux deux contextes – scolaire et hors scolaire – et avec des médiateurs cinémas formés et autonomes.

Dans les deux cas, le travail de transmission des observations de ce test et d’accompagnement de nouveaux intervenants formés sera essentiel.

Nous sommes en train de recueillir les témoignages de divers participants qui viendront compléter cet article.

Sandrine Dias, auteure d’audiodescription et animatrice de cet atelier :

“Lorsque que j’ai été sollicitée pour animer cet atelier, j’avoue avoir éprouver quelques réserves quant à son déroulement. La configuration annoncée (3 x 2h) me semblait représenter une trop grande contrainte de temps. Mais après discussion avec les organisateurs pour définir les contours et objectifs de l’atelier, j’ai alors envisagé ce projet comme une nouvelle expérimentation professionnelle, voire comme un défi personnel.

Face à l’enthousiasme général et grâce à l’implication des organisateurs, des enseignants et des comédiens encadrants, le défi a été relevé. L’objet n’était pas de réaliser un travail de type « professionnel », mais il s’agissait avant tout de sensibiliser des lycéens et lycéennes à un procédé de transmission du cinéma.

Grâce à cet atelier « pratique » ils ont ainsi eu la possibilité de s’immerger dans une discipline nouvelle et de découvrir un métier permettant, en premier lieu, de rendre accessible un film aux personnes déficientes visuelles, mais permettant aussi de se confronter à des questions de cinéma précises et concrètes (la question de la mise en scène, la place de la bande sonore, le choix du vocabulaire pour la description). Le travail d’audiodescription réalisé par les jeunes, de l’écriture à l’enregistrement du texte, a été sans nul doute source de satisfaction et de valorisation pour chacun et chacune, participants et encadrants.”

Amaury Piotin, coordinateur Rhône-Alpes du dispositif Passeurs d’Images à l’Acrira :
“Le projet mené à Saint-Martin d’Hères autour de l’audiodescription s’inscrivait dans le plan de relance des dispositifs d’éducation aux images lancé fin 2020 par le CNC. Le caractère expérimental du travail imaginé avec Sandrine Dias – et posé dès le départ dans notre demande de financement – nous a permis d’envisager ces ateliers avec l’enthousiasme et les craintes des « premières fois ». Au final, nous tirons un bilan extrêmement positif de cette action, tant au regard des retours des élèves et des professeurs, mais aussi, à la vue du résultat, des versions audiodécrites, d’une qualité que l’on n’aurait pas forcément soupçonnée au départ. Les objectifs sont donc parfaitement atteints à ce jour, et nous travaillons d’ores et déjà à la suite du projet : un nouvel atelier sur le même modèle avec un groupe de jeunes hors du temps scolaire, en partenariat avec le Service Jeunesse de Saint-Martin d’Hères, puis la réalisation d’une capsule vidéo qui sera diffusée en avant-programme de certaines séances en plein air organisées dans le cadre de Passeurs d’Images cet été, et de quelques séances de Lycéens et Apprentis au Cinéma dès la rentrée prochaine. Les spectateurs pourront alors découvrir deux versions audiodécrites du film 999 de Vincent Leplat, réalisées dans le cadre de notre projet, sans les images, puis le film original. Il est à noter que nous aurions aimé faire un lien avec les publics mal voyants ou atteints de cécité pendant les ateliers, mais ce volet de l’action n’a pas pu être exploré, faute de temps. Ce sera sans nul doute pour la prochaine fois…”

Enseignants :

Olivier Marin,

“Je mène des projets cinéma (notamment avec Mme Tilleman) depuis une quinzaine d’années : analyse de séquences, construction de story-board, réalisation de plans respectant les règles du cinéma, création de courts-métrages (avec Tommy Redolfi), participation à Lycéens et Apprentis au Cinéma et au Festival de Comédie de l’Alpe d’Huez… Proposer aux élèves de la section professionnelle (ici, des chaudronniers) une nouvelle expérience en lien avec le cinéma me paraissait donc très opportun. D’autre part, la durée du projet (3 x 2 heures), l’apport d’un matériel extérieur (ordinateurs, micros, table de mixage…), et la présence d’une professionnelle de l’audiodescription et d’un comédien (Théâtre du Réel) apparaissaient comme de réels avantages. Et la dernière séance à Mon Ciné permettait de sortir les élèves du cadre pédagogique habituel.

Retrouvez l’intégralité du témoignage d’Olivier Marin sur cette synthèse : Atelier AD témoignages 2022 

Elèves :

Comment pourriez-vous expliquer les objectifs de l’audiodescription ?

Benjamin : Décrire un film pour personnes malvoyantes.
Paul : Pour moi, les objectifs de l’audiodescription qu’on a fait, c’est aider les personnes malvoyantes à comprendre précisément les images et actions qui défilent.
Marine : les principales qualités pour de l’audiodescription sont le fait de décrire précisément un film, un court métrage pour que les malvoyants puissent comprendre et voir ce qu’il y a à l’écran.
Pierre : les objectifs de l’audiodescription sont de pouvoir expliquer une scène, un film pour les mal-voyants ou aveugles pour qu’ils puissent comprendre sans forcément voir.

Selon vous, quelle(s) qualité(s) est(sont) nécessaire(s) dans le travail d’audiodescription ?

Benjamin : L’articulation, car il faut bien parler pour que la personne qui écoute le film comprenne ce que l’on dit. Concentration : pour pouvoir faire des phrases simples et compréhensibles.
Paul : il faut de l’imagination, savoir s’exprimer, avoir la notion du temps, la confiance.
Marine : l’écriture, la diction/l’articulation, l’interprétation.
Pierre : pour moi les qualités nécessaires dans le travail d’audiodescription sont la précision et bien parler pour que les spectateurs puissent bien comprendre au bon moment.

Retrouvez l’intégralité des témoignages des élèves sur cette synthèse : Atelier AD témoignages 2022

Façade du Cinéma Mourguet

L’expérience du cinéma Mourguet : films adaptés, matériel et communication

Le cinéma Mourguet à Ste-Foy-les-Lyon a accueilli Ciné Sens lors d’une matinée de sensibilisation des responsables de cinémas à l’accessibilité de leurs salles au handicap sensoriel, organisée par le GRAC en novembre 2021 .

Après un rappel des principes de mise en accessibilité des films et des salles par Ciné Sens, cette présentation a été l’occasion pour le cinéma Jeanne Mourguet de partager son expérience et de retracer son organisation pour tout ce qui relève de ces questions : programmation, technique, communication, accueil… Quels dispositifs sont mis en place pour accompagner ses spectateurs, de la recherche d’une séance adaptée jusqu’au cinéma ?

Grégory Tudella, directeur adjoint et Jean-Baptiste Armengaud, assistant de direction, nous parlent de leurs initiatives.

Séances adaptées

Le cinéma propose systématiquement l’audiodescription, dans un casque individuel, lorsque le film en détient une version. Il organise aussi des séances avec sous-titres sourds et malentendants au rythme d’une fois par semaine. L’équipe du cinéma effectue un travail en amont de repérage des versions disponibles, mais rencontre parfois des problèmes pour identifier les films adaptés. Plusieurs sources sont utilisées. Il faut alors parfois rappeler les distributeurs, revérifier les informations plusieurs fois notamment sur des sites professionnels de chargement des films comme Globecast et Cinego. Un programme mensuel avec les indications AD et ST-SME est créé à la suite de ces recherches.

Matériel

Le cinéma possède un matériel adapté à la diffusion de l’audiodescription et du son renforcé. Il détient un système Fidelio. Il a également des boucles magnétiques individuelles qui s’adaptent sur ce système.

Les boitiers sont paramétrés en amont pour la salle où ils sont utilisés. Dans cet extrait audio, Grégory et Jean-Baptiste dévoilent en détail comment l’équipe gère le matériel afin qu’il soit toujours fonctionnel. En complément des associations peuvent venir parfois le tester. Il existe tout de même encore des interrogations sur certains appareils auditifs concernant la fonction T.

Communication

Le cinéma communique sur ses séances adaptées via un programme mensuel spécifique. Il accueille des associations de personnes déficientes visuelles lors de séances privées, et met en place un accompagnement des personnes ayant un handicap sensoriel. Il souligne l’importance de bien communiquer sur les séances adaptées ainsi que sur l’accompagnement qui peut être mis en place en cas de demande d’un usager. Le retour des spectateurs sur ces séances en AD ou ST-SME est pris en compte et aide au bon fonctionnement de ces adaptations.

Programme du Cinéma Mourguet- Mars 2022

Extrait du programme – du 23 février au 1er mars  2022 : programme cinéma mourguet