Contexte
La neuvième cérémonie de remise du Marius de l’audiodescription s’est tenue mercredi 25 février 2026 au Centre National du Cinéma et de l’Image Animée à Paris. Vous pouvez la retrouver en intégralité sur la chaîne YouTube du Marius.
A l’occasion de cette cérémonie de remise du prix nous avons pu converser avec les différents auteurs, interprètes et relecteurs nommés cette année et qui ont partagés avec nous leur méthode de travail, leur parcours et leur vision d’une audiodescription de qualité. Nous restituons ces entretiens au complet dans différents articles publiés successivement et à retrouver dans la catégorie « Témoignages » de notre site ou via ces liens :
- entretiens Dossier 137
- entretien L’Attachement
- entretiens Nouvelle Vague
- entretiens La Petite Dernière
Les jurés ont élit l’audiodescription qui aura permit la meilleure immersion dans l’œuvre, selon eux, parmi les films annoncés par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma le 28 janvier 2026 dans la catégorie « Meilleur Film » et qui, évidemment, dispose d’une audiodescription. Ce qui n’était pas le cas d’un des films cette année, Un simple accident, réalisé par Jafar Panahi, par conséquent non éligible au Marius 2026.
Voici les films dont l’audiodescription était en compétition :
- L’Attachement, écrite par Maud Perveux et Benjamin Hautenauve, interprétée par Angélique Leleux, relue par Jean-Michel Bertinchamps et mixée par Arnaud Carette pour Chambre Noire
- La petite dernière, écrite et interprétée par Emeline Chetaud, relue par Marie-Laure Aubonneau avec la participation de Christine Bessard et enregistrée par Florian Cabaillot pour Titrafilm
- Nouvelle Vague, écrite et interprétée par Jean-Julien Chervier, relue par Tatiana Lujic, voix additionnelle par Ségolène Arribard, enregistrée et mixée par Léo Castelli pour Titrafilm
- Dossier 137, écrite et interprétée par Katia Lutzkanoff, relue par Nasredine Nasli-Bakir avec la participation de Dominik Moll, enregistrée et mixée par Hugo Corbel pour Polyson Post-Production
Au cours de la cérémonie de remise dont la préparation et l’organisation a été assurée par une équipe de bénévoles et l’animation par Anthony Martins Misses, journaliste au micro de l’émission « Faut que ça change ! », les différents intervenants et intervenantes sont revenus sur les avancées et les difficultés rencontrées en termes d’accessibilité sensorielle dans le secteur audiovisuel.
Des progrès et des chantiers
C’est Gaëtan Bruel qui a ouvert la cérémonie en rappelant l’exigence et l’engagement du CNC, dont il est le président, en faveur de l’accessibilité des œuvres et des métiers de la filière cinématographique. Il a annoncé que la gestion du Portail de l’audiodescription, mis en place l’année dernière, se ferait en 2026 sous l’entière responsabilité du CNC qui s’assurera ainsi de la meilleure diffusion possible des versions sous-titrées et audiodécrites des films. L’observatoire de l’accessibilité et un groupe de travail dédié poursuivent cette exigence d’accessibilité au niveau de la diffusion et de la programmation des films qui, lorsqu’ils disposent de versions adaptées, font souvent l’objet de sorties « trop confidentielles ». Malgré ce « chantier » qu’il faudra appréhender au plus vite Gaëtan Bruel s’est félicité de la publication de l’arrêté de décembre 2025 qui oblige désormais les sites de réservation en ligne à renseigner explicitement l’accessibilité de chaque séance pour les personnes déficientes sensorielles. Il a également salué les auteurs et autrices d’audiodescription pour leur réactivité suite à l’obligation de 2020 pour les longs-métrages de disposer de versions adaptées pour recevoir l’agrément du CNC, dont le travail a augmenté quantitativement mais a su se maintenir qualitativement.

Laurence Pécaut-Rivolier, membre du Collège de l’Arcom, a ensuite pris la parole sur les mesures récentes de celle-ci sur les audiodescriptions et oralisations notamment à la télévision publique et sur les services de vidéo à la demande. Elle a indiqué que l’Arcom négocie à nouveau les directives et la charte de l’audiodescription face aux inquiétudes concernant la diversité des programmes audiodécrits (fictions, spectacle vivant, programmes d’information ou sportifs, etc) et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la réalisation des versions adaptées.
Bernard Defebvre, président du Collectif Français Handicap Visuel, et Sylvain Nivard, administrateur de apiDV, ont successivement fait un état des lieux de l’accessibilité de l’audiovisuel en France, constatant une hausse du nombre d’œuvres audiodécrites (pour rappel Ciné Sens a décompté 280 sorties cinéma en audiodescription en 2025) mais regrettant la difficulté pour accéder à ces versions en salle et leur vie trop courte dans le parcours des films (diffusion télé, sortie DVD, etc). A l’occasion de la cérémonie nous avons interviewé Sylvain Nivard dans une vidéo que vous pouvez visionner ici : entretien Sylvain Nivard.
Le Marius 2026

Yasmina Crabières et Marie-Laure Abonneau ont mis en situation avec humour l’accueil d’une personne déficiente visuelle par un cinéma maladroit et confus imaginaire mais pas si éloigné que ça des salles et des scènes que l’on peut rencontrer au quotidien avant de laisser place sur le podium à Sylvie Ganche, créatrice du Marius, qui a présenté le jury, composé cette année, pour un nouveau record, de 356 membres, majoritairement des femmes (63,5%) et des personnes déficientes visuelles (82,9%), de 22 à 81 ans et de toutes les régions de France. Elle a fait ensuite monter Méryl Guyard, lauréate du Marius 2025 pour l’audiodescription du film Le Comte de Monte-Cristo, pour annoncer le ou la gagnante de cette édition 2026, très serrée puisque moins d’un point séparait le premier du dernier film du classement.
Après avoir alerté sur une certaine perte de vitesse pour les personnes travaillant dans le secteur, liée principalement aux laboratoires délocalisés et à l’intelligence artificielle, Méryl Guyard a appelé notamment a un meilleur encadrement du métier d’auteur d’audiodescription.
Elle a remis le Marius de l’audiodescription 2026 à Katia Lutzkanoff pour Dossier 137, émue, qui a offert la récompense à son « complice sans faille » et collaborateur de longue date Nasredine Nasli-Bakir. C’est la seconde fois que l’autrice reçoit le Marius, à chacune des itérations pour un film de Dominik Moll (précédemment pour La nuit du 12, en 2023), réalisateur qui, fait encore trop rare, a participé à la relecture de l’audiodescription de son film.

